1 juin 2009...19:25

Les livres du mois / Books of the month

Se rendre aux commentaires

books02

Parmi mes lectures de mai, voici mes titres préférés.

Tout d’abord, The End of Mr Y. de Scarlett Thomas (traduit en français sous le titre La fin des mystères) dont je vous avais déjà touché un mot le mois dernier. C’est peut-être mon favori, bien qu’il ait de la compétition, il est assez brillant, singulier, obsédant pour ça. Il est difficile de raconter le début sans en dire trop, je me bornerai donc à donner le tout début en ajoutant qu’il ne faut pas croire que le reste corresponde à ce qui semble être un roman fantastico-horrifique bas de gamme. Pas du tout. L’histoire donc commence quand Ariel déniche chez un bouquiniste un exemplaire de The End of Mr Y , le chef d’oeuvre perdu de Thomas E. Lumas, un écrivain victorien qui fait partie du corpus de sa thèse. Or ce livre a la réputation d’être maudit…

Vous voyez ce que je vous disais sur le début ? En réalité ce roman est un mélange (jamais indigeste, toujours à la portée de la non-scientifique absolue que je suis) entre science fin 19e et physique quantique, avec une touche de fantastique, un côté cabinet de curiosités, une réflexion sur les croyances et les représentations mentales. Le tout dans une ambiance très sombre, très délabrée, avec une héroïne brillante, tordue, touchante, sarcastique, à vif. C’est original et marquant.

Pour rester dans le côté sombre et déglingue, le tome 1 de Biomega de Tsutomu Nihei (l’auteur du très culte manga Blame!) se passe dans un futur post-apocalyptique à base de cités démesurées, de zombies, et d’ours qui parlent. – que des trucs qu’on aime, quoi. Il faudra voir si les prochains tomes tiennent la route niveau intrigue, mais c’est déjà un plaisir de retrouver le dessin de Nihei, fouillé et tentaculaire, qui tient de la gravure et de la toile d’araignée.

Dans un tout autre genre par contre, deux bouquins pour ados. Le fameux Rebelles de Godbersen, qui est une sorte de Gossip Girl transposé au 19e siècle (toujours à New York) et beaucoup mieux écrit, même si ce n’est pas difficile. Là encore l’histoire est bien moins simple qu’il n’y paraît au premier abord, et le retournement de situation finale est vraiment réussi. Je ne sais pas (encore) ce que vaut la suite, que je lirai sûrement un de ces jours.
The Rose and the Beast de Francesca Lia Block est une réécriture des contes de fées à la sauce Block, faite de sucre filé, de paillettes, de soies multicolores, de rasoirs et de seringues. En réalité ce n’est pas un de mes vrais coups de coeur du mois, mais je l’ai inclus pour parler 1. de Block, qui a fait des trucs extraordinaires dans le roman pour ado et qui n’est pas du tout connue en France (ses meilleurs selon moi sont Girl Goddess #9 et Dangerous Angels qui rassemble la série des Weetzie Bat) et 2. de la réécriture de contes de fées, à propos de laquelle je conseille vivement la lecture de Red as Blood de Tanith Lee et de The Blood Chamber d’Angela Carter, deux chefs d’oeuvre dans le genre.

L’essai de Patrick Buisson,1940-1944 années érotiques T2 (qui se lit très bien sans le tome 1), est une plongée dans un versant peu étudié de la Seconde Guerre mondiale : celui de la sexualité. Il y montre comment cette période a été, malgré les objectifs d’ordre moral affichés par Vichy, une période de toutes les transgressions dans ce domaine : explosion de la prostitution, liaisons avec des Allemands qui sont loin d’avoir toutes été intéressées et dont l’affichage, qu’elles soient le lot de célébrités comme Arletty ou d’anonymes, faisait scandale, moment de grande liberté pour l’homosexualité, renversement de la traditionnelle domination du mâle français dont la défaite a sérieusement entamé la virilité, quand il n’est pas prisonnier en Allemagne… Et puis le retour de bâton, le rétablissement de l’ordre à la Libération, par des gaullistes et des résistants curieusement proches de l’idéologie vichyste en la matière, et qui ne reculent pas devant des méthodes atroces, des tontes à bien pire. Une lecture passionnante, qui montre bien comment la résistance ou la collaboration ne furent jamais toute blanche ou toute noire, et qui tire de l’oubli les drames intimes qui furent volontairement nivelés sous l’étiquette sommaire : “Putain à boches”. Un bon complément au visionnage du très beau film Black Book, par exemple. EDIT – J’ai appris depuis que Patrick Buisson a des positions idéologiques suffisamment à droite pour être déplaisantes. Si je pense que son livre reste intéressant, il faut peut-être garder cela à l’esprit en le lisant.

Enfin, Galliano de Colin McDowell, acquis d’occasion après le bien qu’en a dit De fer et de soie, et alors que je venais de regarder le docu sur Galliano signalé par Eva May Chan. J’en reparlerai avec des photos. Pour l’instant, je dirai juste que c’est une plongée dans le processus créatif de ce créateur de génie, par un auteur qui connaît parfaitement son sujet.

This month, I loved The End of Mr Y by Scarlett Thomas, Biomega by Tsutomu Nihei, Luxe by Anna Godbersen, The Rose & The Beast by Francesca Lia Block, 1940-1944 années érotiques by Patrick Buisson (on sexuality during France’s occupation by Germany during WW2) and Galliano by Colin McDowell, of which more later.
Sorry, I really don’t have the time to translate all that I’m saying about the books.

18 commentaires

  • Patrick Buisson est intervenu a l’occasion d’une emission de 2000 ans d’histoire. L’emission etait tres interessante avec des extraits d’archive et un documentaire au sujet de ces femmes qui se sont fait tondre, “coupables” ou non d’ailleurs.

    The End of Mr Y est assez tentant!

  • Oui moi aussi j’ai mis The End of Mr Y dans mes favoris !
    Je ne lis pas du tout le même genre de choses que toi, mais je lis tes chroniques d’une seule traite, et ça me donne bien envie d’acheter certains de ces livres…

  • Tu me tentes, avec tous ces livres ! Surtout le premier mais je ne dis jamais non à un livre d’histoire.
    En tous cas, une semaine de congé m’a permis d’avancer dans mes lectures bien que ma pile n’aie pas vraiment diminué suite à une razzia d’avant départ… J’en parlerai un de ces jours sur mon blog.

  • Flashmarion : J’imagine ! Depuis que je bosse je rate toujours 2000 ans d’histoire, il faudrait que je télécharge leurs podcasts. Tu dois en tout cas avoir eu un bon aperçu du livre dans ce cas, et effectivement de l’arbitraire de ces punitions : il suffisait en fait que les femmes soient isolées, comme pour les chasses aux sorcières du Moyen Age finalement.

    Sierralemon : Mais si on lit les mêmes choses : moi aussi j’adore Moomin ;)

    Miss Sunalee : De toute façon les piles de livres ne diminuent jamais, il y a juste de nouveaux livres qui prennent la place de ceux qu’on a lu…

  • Tu es en partie responsable de l’allongement exponentiel de ma liste de bouquins à lire (avec la sempiternelle excuse de l’anglais, comme si ça remplaçait l’oral)…
    La mise en scène photographique d’une pile de livre va-t-elle devenir un exercice mensuel? quoiqu’il en soit, le jeu de la lumière sur la peau des gants me plaît bien.

  • A priori oui pour l’exercice mensuel. Ces billets sont si longs qu’il faut bien un peu de visuel pour équilibrer, et je n’ai pas envie de coller simplement les couvertures, façon librairie en ligne. Reste à voir combien de temps j’aurais de l’inspiration pour des variations sur ce thème.
    Ca me fait penser au problème de la pub pour les livres : c’est un des produits pour lesquels la pub est la plus problématique, car comment évoquer en une image l’intérieur d’un livre qui n’a pas de visuel à part sa couverture ?

  • Beau panel, je vais faire un tour chez brüsel, malpertuis et tropisme ce week-end je pense.
    Le trait est fort différent, mais est-ce que biomega est comparable à walking dead ?

  • Merci pour le lien!
    Et je vois que le Galliano fait des émules! Il est vraiment superbe, belles photos, beau format…Bon, bien sûr il faut se mettre à l’anglais, mais ça vaut le coup!

  • Diane : Pas (encore) lu “Walking Dead” malheureusement. Il tourne dans mon cercle d’amis en ce moment, je vais tâcher de mettre le grappin dessus.

    Ela : En fait j’ai quelques réserves sur le Galliano. Je le trouve très intéressant, mais niveau photos justement il me laisse un peu sur ma faim. J’en parlerai plus longuement bientôt.

  • Tu m’as donné trés envie de lire années erotiques. Et je crois même que je vais lire le tome 1 aussi. J’aime beaucoup cette période. Ma grand mére qui l’a vécue et qui nous en parlait doit y être pour quelque chose…..

  • [...] by Colin McDowell Se rendre aux commentaires A la fin de ma sélection de livres lus en mai, il y avait celui-là, Galliano. Presque sans aucun détail. D’habitude j’aime bien [...]

  • TigerLily : Moi j’ai beaucoup entendu parler de cette période de façon complètement centrée sur Auschwitz, du coup ça me fait du bien d’élargir ma vision et de la nuancer.

  • J’ai eu de la ” chance ” d’avoir une grand mère qui a vécue la guerre de l’intérieure. Elle nous racontait les caches, les soupçons des nazis sur ses origines, et d’autres histoires rocambolesques que l’on imagine pas en temps de paix. Mon grand père a été un malgré nous envoyé sur le front russe. Il a déserté et passé la frontière Allemande accroché sous un train. Il n’aimait pas du tout parler de toute cette période. Et mon autre grand père dans la légion, lui aussi a vécu des choses folles et terribles. Et puis je suis Alsacienne et notre histoire est assez compliquée vis à vis de l’Allemagne. Du coup pour nous rien n’a jamais été vraiment tout blanc ou tout noir. Beaucoup de Français n’ont, par exemple, pas compris ce qu’était vraiment un malgré nous. Il suffit de voir le procés d’Oradour/Glane. Bref, il y aurait beaucoup à dire sur les complexité de la 2eme guerre. Il y a un film que j’aime beaucoup, Les Damnés de Visconti. Il est arrivé a rendre ce qu’à pu être la folie du nazisme et comment ça a pu gangréner les haute sphères allemandes.

  • Mes grand-parents à moi étaient enfants pendant la guerre, donc sont moins susceptibles de raconter. Mes grand-parents paternels ont été cachés, mais comme j’ai coupé les ponts avec eux… Quand à mes grand-parents maternels, ils étaient en Tunisie, ce qui fait un contexte un peu différent. J’ai fréquenté une école primaire juive, c’est là où j’ai eu droit au bourrage de crâne Auschwitz et à la vision sans nuances. Je ne veux surtout pas minimiser l’importance du génocide, mais c’est clair qu’il n’y a pas eu que ça, et qu’on ne peut pas comprendre la période en la voyant uniquement à travers ce prisme. Tu as de la chance d’avoir quelqu’un pour te transmettre cette histoire familiale riche, et à travers elle un aperçu de l’Histoire.

  • Les histoires de guerre ont beaucoup été racontées dans ma famille. Mon grand-père paternel a fait pendant des années la guerre des tranchées lors de la première guerre et une blessure au bras l’a sauvé d’une mort certaine, tout le reste de sa compagnie ayant été tuée quelques jours plus tard. Bref, le genre de choses qui marque !
    Du côté de ma maman, petite fille en 1940, j’ai entendu de nombreuses histoires de la fuite vers la France au début de la guerre et du bombardement de Rouen dans lequel sa famille s’est retrouvé ainsi, que plus tard, la vie sous l’occupation à Bruxelles. Quant à mon père, il était encore fort petit mais il a de nombreux souvenirs de la vie à la campagne sous l’occupation et de la libération de son village par les Polonais…

  • Merci beaucoup, la fin des mystères fut un vrai régal.

  • Heureuse de te l’avoir fait découvrir alors !

  • [...] de ce roman assez foisonnant, d’autres l’ont déjà fait avant moi (Stella Polaris ici et Armalite ici, avec plein de spoilers après la première moitié du billet – vous êtes [...]


Laisser un commentaire