25 mai 2009...21:52

Grotesques et Illusions

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J’avais dit que j’écrirais  un billet un peu conséquent ce week-end. En réalité, j’ai fait la grasse matinée, rédigé une fiche de lecture, mangé les premiers abricots de l’été et été m’allonger dans l’herbe avec ma rockstar de boyfriend. Et aussi visité une expo avec Mina Pyro (qui m’a ensuite entraîné pour une razzia chez Pierre Hermé, mais je digresse*). Donc… vous allez avoir droit, non pas à un compte-rendu d’expo, mais à deux. Au passage, je suis assez fière de ma fréquentation d’expo en ce moment et, de façon plus générale, du fait que je rentabilise pas mal mon teps libre en ce moment, entre dessin, lectures, expos donc… Tout n’est pas que visionnage de Krod Mandoon en yukata.

Avant que mon séjour belge ne s’éloigne trop, on commence donc par l’expo “Goya, Redon, Ensor” au Musée des Beaux-Arts d’Anvers. Contrairement, sans doute, à la majorité des visiteurs, des trois peintres c’est Odilon Redon que je connaissais le mieux avant de pénétrer dans le musée. Un vestige de ma période décadente : Redon est l’un des peintres préférés de Des Esseintes, lequel est d’ailleurs fréquemment cité dans l’expo. Parce qu’il aime aussi Goya, même si je ne m’en souvenais plus, et bien que l’artiste soit trop généralement reconnu comme le génie qu’il est pour que Des Esseintes, en bon petit snob, puisse l’aimer sans réserve.

… Des Esseintes s’arrêtait plus particulièrement devant les autres cadres qui ornaient la pièce.
Ceux-là étaient signés : Odilon Redon. {…}

Ces dessins étaient en dehors de tout ; ils sautaient, pour la plupart, par-dessus les bornes de la peinture, innovaient un fantastique très spécial, un fantastique de maladie et de délire. Et, en effet, tels de ces visages, mangés par des yeux immenses, par des yeux fous ; tels de ces cops grandis outre mesure ou déformés comme au travers d’une carafe, évoquaient dans la mémoire de Des Esseintes des souvenirs de fièvre typhoïde {…}

Bref. Pour ma part, j’ai découvert Goya, dont étaient exposées surtout des gravures (les Caprices et les Proverbes principalement) et quelques toiles assez insignifiantes. Mais les gravures ! Un monde onirique, tout d’ombres et de brouillards, habitées de créatures – oui- grotesques. Grimaçantes, contorsionnées, pitoyables et menaçantes à la fois. J’enfonce des portes ouvertes, mais encore une fois je suis frappée par l’absolue modernité de ces gravures. Elles font naître en moi des dizaines d’associations d’idées différentes, depuis l’oeuvre de certains dessinateurs plus récents (Harry Clarke…) jusqu’aux séquences oniriques dans certains Betty Boop (par exemple, à partir de la minute 4 environ) ou l’ivresse de Dumbo chez Disney, en passant par le manga pour son usage extraordinaire des trames ou Le Diable amoureux de Cazotte et son apparition de la tête de chameau démoniaque… Je note sa technique pour créer différents plans : le premier plan comporte beaucoup de blanc, les autres de moins en moins – ça c’est pour le côté “trucs à piquer”. Décidément, la gravure m’attire de plus en plus.

A  côté de cet immense artiste, Odilon Redon et James Ensor ont un peu de mal à se défendre. Les gravures de Redon sont étranges à souhait, mais moins fortes que celles de Goya, son utilisation de l’espace est moins bonne. Quant à celles d’Ensor, on se demande si c’est ce que le musée a pu obtenir de mieux, ou si c’est vraiment représentatif du peintre des masques. Ce sont presque des croquis, où se déploient des farandoles de personnages qui font penser aux Pieds Nickelés. Quelques tableaux sont aussi présentés qui me plaisent beaucoup plus, comme Squelettes se disputant un pendu dont je n’ai malheureusement pas trouvé de reproduction sur Internet (et puis, pas sûr que la repro rende fidèlement les couleurs vives, qui jurent presque, dont se sert beaucoup Ensor).

La présentation choisie pour les oeuvres est mi-chronologique mi-thématique, avec par exemple une salle consacrée à Edgar Poe, une autre aux démons… Elle se fait discrète et le résultat est plutôt réussi, sans pour autant que ce soit l’expo du siècle.

Ce n’est pas non plus le cas de “Une image peut en cacher une autre”, au Grand Palais. Le thème, l’image dans l’image, était assez intrigant. On ne sait finalement pas trop à quoi s’attendre, à part les Arcimboldo et Dali promis. On découvre une expo un peu fourre-tout, sans progression ou classement vraiment défini, où les croûtes du 18e siècle côtoient les oeuvres intéressantes. Un peu l’impression que le commissaire d’expo a voulu absolument remplir tout l’espace mis à sa disposition, peu importe avec quoi. Et si c’est amusant de chercher à repérer les profils qui se cachent dans les rochers de paysages bucoliques, on finit par s’en lasser… Au passage, un des aspects mignons de l’expo, c’est de voir à quel point les gens aiment jouer à trouver les images cachées. On redevient tous enfants. Le côté moins mignon, c’est que ça provoque des embouteillages.

Quoi d’intéressant donc ? Les images d’Epinal, classiques du genre (façon lapin-canard par exemple) et des cartes où on peut découvrir un visage différent qu’on les regarde dans un sens ou dans l’autre.. Les Dali évidemment. Les anamorphoses. Les animaux composites mongols, chameau ou éléphant “fabriqués” à partir d’autres animaux. Les Escher.  Des gravures de Dürer d’une finesse exquise, de quoi nourrir mon penchant pour cette technique. Une très étrange sculpture en taxidermie, où la masse d’animaux et d’oiseaux projette l’ombre d’un couple passionné. Je ne sais pas si j’en oublie, je ne crois pas.

Voilà voilà. Je crois que j’ai compensé mon obsession chaussuriste des derniers jours. Prochainement j’irai voir Beatriz Milhazes à la Fondation Cartier, et l’expo au Cabinet des Curieux (avec des vrais bouts de Molly Crabapple dedans).

*Si vous voulez continuer dans la digression, voilà ce que je portais pour la circonstance.

4 commentaires

  • Le Goya des gravures à l’air interressant et si c’et onorique alors là j’achète! Le seul soucis de la province c’est qu’il y a beaucoup moins à voir qu’à Paris…mais bon. Sinon si tu aimes ces genres d’ambiance, oniriques j’entends, je te conseille de visionner Dead Man, un film de Jarmousch avec Jonhnny Depp en vedette, aussi peut-être l’as tu déja vu.
    J’aurais sans doutes aimer la salle consacrée à Poe, mais j’ai l’impression que bien souvent l’idée qu’on s’en fait est bien meilleure que le résultat.
    Alors jouer à “où est Charlie” je dis OUI, je raffole de ce genre d’art.

  • Tu habites à Nîmes, c’est ça ? Tu n’es pas dans le pire coin artistiquement parlant, dans ce cas, entre le Carré d’Art et Montpellier qui n’est qu’à une demi-heure en train et où le Musée Fabre a une chouette collection permanente et souvent de belles expos.
    Pas vu “Dead Man”, mais nous avons déjà constaté que je suis nulle en cinéma ;) Je note en tout cas.

  • Non pas à Nimes Dieu merci! J’ai une sainte horreur de cette ville, mais je m’y rend quand même assez souvent, j’ai ma belle famille labàs et j’y fait souvent des stages de danses, ou me déplace pour les festivals.
    Je suis à Montpellier, et c’est vrai que c’est une ville qui bouge pas mal et culturellement parlant qui est assez intéressante. Mais ce que je voulais dire par là, c’est qu’il y a beaucoup d’expo auquels j’aurais aimé aller, qui ne sont malheureusement pas itinérantes et localisées à Paris.
    A propos de Dead Man, il faut impérativement le voir, tu me donneras tes impressions! ^^

  • Je connais un peu Montpellier, mes grand-parents habitent dans le coin ;)
    Compte sur moi pour Dead Man, je viens de voir qu’ils l’ont à ma bibliothèque de quartier.


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