Ma dernière lecture, un très joli petit livre consacré à l’histoire, la production, la réalité et la fantasmatique de la plus littéraire des drogues. Littéraire parce que disparue (sous sa forme originale en tout cas, puisque la morphine etc. restent des opiacés), donc inextricablement liée aux récits du 19e siècle, sa période de gloire, et soustraite à l’usage quotidien qui la démystifierait, comme c’est le cas de son cousin le cannabis (qui fut également la drug of choice de Théophile Gautier, Charles Baudelaire & co, mais que l’on associe bien plus aujourd’hui aux t-shirts décorés de sa feuille qu’arborent fièrement des adolescents top rebelles). Et puis, il y a le côté rituel qui est fascinant, la fumerie qu’on imagine façon Lotus Bleu (et qui est généralement sordide en réalité), les matelas où l’on s’allonge, tout l’attirail du fumeur : l’aiguille pour saisir une boulette d’opium, la lampe pour la cuire, la pipe de bambou dans le fourneau de laquelle on l’introduit…
Un livre donc, qui sans se vouloir encyclopédique, apprend quand même pas mal de choses, notamment sur l’industrie indienne de l’opium, d’une ampleur que je n’imaginais pas, développée par la Grande-Bretagne pour inonder le marché chinois (la France faisait d’ailleurs pareil en Indochine), et les Guerres de l’Opium qui s’ensuivirent quand l’empereur eut l’outrecuidance de vouloir mettre un frein à l’intoxication massive de son peuple. J’ai beaucoup apprécié également toute la partie “culturelle”, où l’auteur cite livres et films inspirés par la réalité ou la mythologie de l’opium (ainsi toute la légende des fumeries de Limehouse, à Londres, telles qu’on les voit dans Sherlock Holmes par exemple, n’a aucun fondement – à la différence des Chinatown de San Francisco et d’ailleurs en Amérique, où les fumeries se comptaient par centaines, de même que dans les ports militaires de Toulon ou Brest, car l’opium était largement répandu dans la marine).
Enfin, les illustrations sont aussi nombreuses et diverses que belles. Quelques exemples (cliquer pour agrandir) :
Cette dernière illustration est de Jean Cocteau, réalisée durant sa cure de désintoxication racontée dans Opium, journal d’une désintoxication… ratée, puisqu’il replongea rapidement.










4 commentaires
29 juillet 2008 à 08:50
cet ouvrage a l’air très intéressant. il est vrai que l’opium est entouré d’une mythologie “positive”.
une certaine image de luxe semble accompagner cette drogue. on a en tête certaines images d’Epinal, comme tu le dis, avec des fumeurs alanguis sur des matelas, de nobles et riches Chinois tirant sur les pipes à opium préparés par des serviteurs etc.
ce n’est pas complètement un hasard s’il existe un parfum YSL, nommé Opium. je me souviens des affiches publicitaires pour ce parfum où l’on voyait Linda Evangelista allongée sur un lit avec des draps en soie froissés.
29 juillet 2008 à 09:57
J’oubliais ce parfum ! La pub avec Linda Evangelista était sublime, celles qui ont suivi (avec Kate Moss en porte-jaretelles, notamment) ne l’ont jamais égalée.
31 juillet 2008 à 10:09
Tadadadadada, je viens juste de le recevoir, ce qu’il est beau et richement illustré.
Sur ebay il y en avait un exemplaire avec une couverture violette, mais tant pis.
Theremina où la tentatrice côté livres ^
A propos de bouquins et comme tu connais un petit peu mes goûts, quel ouvrage étiqueté “steampunk” me conseillerais-tu de lire pour me déniaiser dans le domaine ?
J’ai lu l’article wikipedia, j’ai tout plein de titres notés dans différents carnets, mais comme je n’en trouve aucun à la biblio je ne sais lesquels acheter.
Si tu pouvais viser aussi juste que le coup de Jean Lorrain l’été dernier, ce serait merveilleux !
31 juillet 2008 à 17:24
Ca fait plaisir quand le livre est aussi un bel objet, n’est-ce pas ?
Ok pour le steampunk, je donnerai quelques conseils de lecture dans les jours qui viennent. C’est un (sous) genre qui me plaît assez, même s’il a tendance à se répéter au bout d’un moment – cf. aussi la sous-culture steampunk qui est en train de se développer, dont j’ai suivi les premiers pas avec intérêt, et que j’ai fini par lâcher, n’en pouvant plus du cliché haut-de-forme + goggles + montre de gousset…