19 juin 2008...23:59

Ladies and gentlemen, mesdames et messieurs, Dames und Herren… le Burlesque !

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Il y a quelques soirs, j’ai vu Gentlemen Prefer Blondes. Deux réactions, tout de suite : “Comment avais-je pu passer à côté ?”… Et : “On parlait du burlesque l’autre jour – c’est exactement l’esprit de ce film !”

Ça ne vous rappelle pas le costume de Jane et Marylin, au début ?

Oui, le burlesque est avant tout un esprit, quelque chose de léger, sexy et un peu gouailleur (un côté pin-up, quoi !) qui le différencie du strip-tease bête et méchant comme du numéro de danse plus sérieux. Le burlesque ne se prend pas au sérieux, c’est du pur fun et du plaisir des yeux, en technicolor de préférence, et avec une bande son qui fait bouger les hanches, que ce soit “Minnie the Moocher” ou “My Heart Belongs to Daddy”. Le burlesque, c’est, oui, du strip, mais c’est inséparable de tout un habillage élaboré précédant le déshabillage. Un écrin au corps qui finit presque nu – qui, à la fois, le met en valeur, en fait du rêve, et le fait passer presque au second plan, permettant ainsi de contourner les lois sur les bonnes moeurs, en prétendant offrir de l’art et non un simple strip-tease. Ziegfeld, l’un des pionniers en la matière, s’appuyait sur la tradition des tableaux vivants, et prétendait même que ses spectacles étaient parfaits pour les étudiants en médecine et en anatomie !

Le burlesque dont il est question ici est né à la fin du 19e siècle aux États-Unis. Il descend des revues style Folies-Bergère, et mêlait à l’origine comiques, chanteurs au répertoire coquin et numéros de “danse exotique” avec roulements de hanches (bump and grind) inspirés des danses orientales. Très vite, ce sont les girls qu’on vient voir, et des numéros s’élaborent, qui sont repris par les performeuses d’aujourd’hui : la danse avec deux grands éventails de plumes d’autruche, le “tassel twirling” (faire tourner dans un sens, dans l’autre, ou dans deux sens différents à la fois les pompons collés sur le bout des seins : il paraît que c’est très difficile !), la baignade (Lily St Cyr le faisait dans une baignoire transparente), l’utilisation d’accessoires géants (Sally Rand dansait sur un croissant de lune, ou avec un énorme ballon translucide)… Il s’agit d’en mettre plein la vue aux spectateurs, tout en gardant le strip-tease qui ancre le show dans le populaire plutôt que dans l’élitiste. On a même dit que le burlesque était une forme d’art typiquement américaine, et je pense que cela tient à ce côté populo.

Puis, les moeurs se sont libéralisées de plus en plus, et le burlesque a perdu de son attrait face au strip-tease moderne, où les filles montrent absolument tout en tournant autour d’une barre. Et puis, c’est revenu, peut-être parce que ce sexe trop cash, sans mystère ni jeu de séduction, a fini par lasser. Comme dans la mode, où les jupes trop courtes finissent toujours par rallonger… Il y a aussi eu l’idée, plus ou moins partagée, que le burlesque était une forme “féministe” de strip-tease, dans la mesure où il exige plutôt technique et humour que conformité à des canons de beauté. Gipsy Rose Lee, l’une des plus grandes artistes burlesques, était plate à une époque où on aimait les formes plantureuses. Aujourd’hui c’est l’inverse, et des femmes plus que pulpeuses, comme Dirty Martini, démontrent dans leurs numéros que la séduction n’est pas fonction de la minceur. Le burlesque est une célébration de la féminité sous tous ses aspects. D’accord. Il y a aussi l’idée que les filles prennent le pouvoir en décidant de leurs propres numéros, en portant à la scène leurs propres fantasmes, en dominant leur public. Mouais… Personnellement, parler de féminisme me semble exagéré, et vaguement à côté de la plaque, mais autant mentionner cette pensée assez répandue.

Dita von Teese, qui se moque pas mal de ce débat, a été parmi celles qui ont ramené le burlesque sur la scène. Voici quelques photos assez représentatives de ce qu’est ce strip-tease à paillettes et grand spectacle :

Quelques exemples de shows burlesques :

Sally Rand et ses éventails, à l’Exposition Universelle de Chicago en 1934

Dita et son verre géant (d’absinthe plutôt que de martini, cette fois)

Et puis le burlesque ça peut aussi être ça, des chansons gouailleuses et sexy comme celles de Kitten on the Keys, qui joue souvent les maîtresses de cérémonie entre les numéros de strip

Et quelques films avec l’esprit du burlesque : Gilda (la scène des gants !), Singing in the Rain (la scène avec Cyd Charisse), Some Like It Hot, Chicago (tous les numéros de danse, et la chanson “Razzle-Dazzle ‘Em” exprime parfaitement la philosophie du burlesque)…

Et enfin, quelques artistes burlesques actuelles : Dirty Martini, Kitten DeVille, Kitty Diggins (oui, on aime bien les chatons dans ce milieu), Miss Vicky Butterfly, Mina LaFleur, la troupe du Velvet Hammer

NB – Je ne prétends pas être une autorité sur le burlesque, et j’ai peut-être fait des erreurs, ou trop simplifié. Ceci ne se veut qu’une “introduction” ou quelque chose de ce genre, rien de plus.

10 commentaires

  • Merci Mademoiselle.

    Je viens enfin d’avoir eu le temps de visionner les vidéos et d’explorer un peu les liens de cette note, que l’on ne peut lire en coup de vent.

    Encore une fois, je découvre et mon esprit curieux te remercie pour cette note très intéressante et recherchée où tu as pris du temps pour tout illustrer, le tout avec une pointe d’humour et d’esprit critique.

    Remarque : des images en noir et blanc datant de1934, captées lors de l’expo universelle de Chicago, dispo sur un site de partage et permettant d’illustrer une note en 2008 sur le burlesque, moi, je dis c’est beau la technologie !

  • Je t’en prie !
    Et je trouve ta remarque très juste, cela dit beaucoup sur notre époque, ce mélange de technologique et d’obsolète, et cette facilité d’accès à ce qui était auparavant à peu près introuvable.

  • Un billet terriblement intéressant et instructif (je ne connais pas très bien ce que tu décris là, donc je ne saurais te dire si tu vulgarises trop le tout, mais en tout cas c’est fort bien amené et illustré;))
    Je viens de me rendre compte que Dita avait un corps absolument magnifique (certes c’est une condition pour exercer son métier, mais peu de filles peuvent se vanter d’avoir d’aussi jolies courbes, tout de même…Et l’éclairage bleuté sur sa peau si pâle, c’est sublime)

  • Disons que, dans beaucoup de domaines, j’ai une culture de khâgneuse : assez pour pouvoir en parler, mais trop peu pour être une vraie spécialiste… Donc je préfère prévenir !
    Quant à Dita, elle sait particulièrement bien se mettre en valeur… Je ne l’ai jamais vue sur scène, mais elle repassera au Crazy Horse en septembre, et je suis tentée de m’offrir la place pour mon anniversaire. Comme une vraie fangirl que je suis ;)

  • Merci pour ce très bel article, tu as décidément une sacrée plume!

    D’ailleurs, me prêterais-tu quelques phrases pour un petit texte de présentation ? Les jupes qui rallongent et les cours d’anatomie de Ziegfeld surtout! ;)

  • Sers-toi, je t’en prie !

  • [...] Tout ce qui m’a plu cette semaine : l’odeur du basilic frais, la pluie (enfin !!), 8 femmes de François Ozon (un faible surtout pour Pierrette et Augustine), que mon marchand de journaux fasse lui aussi des bulles de savon (nous avons un duel de bulles programmé), que mon Picard passe du hard-rock, et que l’Inca ait porté des vêtements en poil de chauve-souris vampire. Le clip aussi bien sûr, mais je ne vais pas en rajouter une couche. Les colis reçus par la poste, qui ne sont plus tout à fait des achats mais deviennent des surprises : une robe “Trixie” rouge de chez Trashy Diva, qui est à peu de choses près la robe d’été parfaite, et Pretty Things, un grand beau livre sur les dernières reines du burlesque. [...]

  • Un bel article en effet!

    Oui le retro burlesque revient en force et c’est tant mieux. Quand l’effeuillage est un art…

  • [...] biaisée… Si cette culture vous était encore trop étrangere, je vous invite à lire l’article de Theremina à ce sujet. Et pour dire d’illustrer un peu, mes danseuses actuelles préférées : Dita Von [...]


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