J’avoue, l’une des choses que j’aime dans les livres, ce sont les descriptions vestimentaires (les descriptions de maisons aussi, mais on s’éloigne du sujet). Et il faut bien dire que le problème, avec tous les romans de science-fiction que je lis en ce moment, c’est que je reste sur ma faim de ce côté. Pas pour dire, mais on voit que les auteurs sont surtout des hommes, du modèle classique d’avant les crèmes de beauté viriles. En gros, quand on nous parle de chiffons, c’est que ça a une fonction dans le récit : combinaison high-tech pour affronter un environnement dangereux par exemple. Plus fonctionnel qu’esthétique. Ou alors c’est pour accentuer l’aspect futuriste du récit, et les personnages de porter des choses qu’on devine proche du sportswear (la “sportjac” de Jack Barron : probablement un hybride terrifiant du blazer et de la veste de jogging, sachant par ailleurs que son appartement est de pur style Barbarella – comme on dit de style Louis XV).
L’aspect esthétique mis à part, j’ai croisé jusqu’à présent peu de réflexion sur le textile en lui-même, pourtant l’objet depuis longtemps de recherches très importantes, comme me l’avais montré une expo sur les textiles du futur, vue à Lille il y a deux ans. Textiles d’une extrême résistance, textiles sensibles aux variations thermiques et à l’humidité, textiles-caméléon permettant de se fondre dans le paysage… (autant de recherches financées par les militaires bien sûr).
Le seul sous-genre où le costume fait l’objet d’une description maniaque, c’est le steampunk (genre où l’on présuppose, en gros, que notre révolution technologique est arrivée au 19e, avec ordinateurs, véhicules volants etc. dans un style très Jules Verne). Forcément : l’un des principaux attraits du genre réside dans le contraste entre grosses machines pleines de rouages, tuyaux de cuivre et bras mécaniques, et personnages en redingote ou robe à tournure. Quand ce n’est pas plus subtil, comme dans les Lanciers de Peshawar de Stirling, où l’Empire britannique siège à Calcutta et où la noblesse anglaise a adopté un mélange de costume indien et occidental très dernière collection d’Alexander McQueen.



Et puis sinon, il y a la fantasy avec ses robes de princesse et autres tenues plus ou moins médiévalisantes…


4 commentaires
26 mai 2008 à 20:57
Très intéressant, quel dommage que je n’aie aucune culture SF (en dehors de l’Identification des schémas de Gibson, que j’adore)… Merci pour ces éclairages.
26 mai 2008 à 21:39
De rien ! Je risque de faire d’autres petites notes là-dessus (le “side project” plus frivole de mon mémoire, en quelque sorte). Je découvre Gibson avec “Neuromancien” et je suis conquise…
1 juin 2008 à 11:33
J’avoue m’être souvent posé la question également, des modes futures, des textures utilisées, des formes et des couleurs…Bien sûr, mon côté romantico- gothique me pousse à aimer par dessus tout le mélange décalé entre tenues de princesses effarouchées, toutes de dentelles et de froufrous vêtues, et l’aspect plus sensuel du corset et des accessoires divers. C’est vrai aussi que l’un des rares styles fantasques dans lequel il y a une véritable description des vêtements, c’est la fantasy; résurgence de l’aspect merveilleux de nos contes d’antan? (type Peau d’âne et ses robes de Jour, ou la Comtesse de Ségur et son évident attrait pour les longues parenthèses sur l’habillement de sa Blondine…Ah, ces perles brodées sur le corsage, ses diamants incrustés dans les chaussures, ce que ça a pu me faire rêver…)
1 juin 2008 à 20:55
Tu as lu le conte de la Comtesse (haha) où l’héroïne a un coffret magique en bois de rose d’où sortent chaque jour de nouvelles tenues plus belles les unes que les autres ? Il me faisait rêver celui-là… De même que – plus tard – toutes les descriptions des romans 19e, celles de Barbey d’Aurevilly notamment : sa femme fatale moulée dans du satin noir avec de longs gants violets, dans “Le Bonheur dans le crime” !…
C’est drôle de voir comme on a du mal à se projeter dans l’avenir. J’ai l’impression que quand on veut faire du futuriste, ça tourne toujours au kitsch, parfois charmant mais quand même légèrement ridicule. Au moins, en se basant sur les styles du passé, moins de chance de se planter !