mai 8, 2008...1:28
Gris perle
C’est mon père qui m’a fait découvrir Jaqueline Harpman. Il y a quelque dix ans, il avait eu une obsession pour cet écrivain belge et acheté tous ses livres, qu’il avait lu (sûrement dans l’ordre) avec une persévérance maniaque. Je l’avais regardé, amusée et attendrie. Et puis j’avais ouvert “Le Bonheur dans le crime”, en bonne adoratrice de Barbey d’Aurevilly. Et j’avais, moi aussi, succombé. J’ai emprunté quelques Harpman lors de mon dernier séjour chez mes parents - j’ai replongé.
Les romans de Jaqueline Harpman exercent un charme un peu mélancolique, de ce gris très doux qui est la couleur de l’héroïne de “La Plage d’Ostende”, celui de Bruxelles sous une pluie fine. On a l’impression d’entrer dans un tableau aux coloris subtils, éclairé par le Nord. Les personnages et le language sont d’une beauté un peu hiératique, de celles qu’on dit intemporelles par leur classicisme. Les histoires, comme celles de Barbey, montrent souvent l’enfer par un soupirail : secrets de famille, douleurs et jalousies étouffées, aspirations et instincts ligotés par ce qui se fait ou pas. Et comme l’enfer est le ciel en creux, cela parle aussi de liberté et de réalisation de soi, souvent par un chemin difficile, presque ascétique, aristocratique en somme. De bonheur, dans le crime forcément, qu’il soit inceste ou meurtre. Enfin, j’aime les lieux dans lesquels se déploient ces intrigues : la Belgique, Bruxelles surtout, où je retrouve les rues et les places, et toutes les grandes demeures qu’Harpman décrit avec une sensualité esthète, ces maisons de maître hautes de plafond, aux planchers sombres, aux pièces dépouillées et aux grandes fenêtres où flottent des voiles blancs.
Quelques titres : “Le Bonheur dans le crime” donc, qui m’a l’air d’être devenu assez introuvable malheureusement. “La Plage d’Ostende”, “Orlanda”, “En toute impunité”…
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