
Cette année, je n’ai pas fait grand chose pour Halloween, même pas une Jack O’Lantern. Manque de temps entre le boulot, le concert de Max Raabe (excellent) et la Zombie Walk (la concrétisation d’un grand fantasme). Même là je suis presque en retard, à écrire sur ce sujet le soir même. Mais l’avantage des livres, c’est qu’il n’y a pas de date limite d’utilisation. Voici donc quelques-unes de mes lectures halloweeniennes préférées. Ce sont presque toutes des classiques et presque toutes des histoires fantastiques : ce côté traditionnel et effrayant-sans-l’être-trop est pour moi l’essence même de cette fête.
Je suis en ce moment en train de relire Malpertuis de Jean Ray. Malpertuis, c’est une vaste et sinistre demeure où les héritiers de l’oncle Cassave doivent résider s’ils veulent toucher leur part de sa fortune. Il y fait froid, une ombre étrange y éteint toutes les lumières, des personnages grotesques l’habitent, et on a en parcourant ses corridors et ses salons une impression de sombre angoisse. Je ne peux pas en dire plus, il ne faut pas déflorer l’intrigue. Je pense qu’une partie du charme que j’y trouve tient au fait que j’y retrouve les automnes et hivers belges, tout en crachins, vents froids, lumière d’aquarium, qu’on combat à coups de vin chaud et de gaufres au sucre. J’adore ce roman (comme pas mal d’oeuvres de Jean Ray – oui, même les Harry Dickson) et la saison se prête particulièrement à sa lecture. La citation qui sert de titre à ce billet en est tirée, au fait.
Il y a aussi Something Wicked This Way Comes de Ray Bradbury. Peu avant Halloween, un cirque débarque dans une petite ville des Etats-Unis. Un cirque dans le genre de celui de Carnival (excellente série, soit dit en passant), avec ses attractions et ses phénomènes. Un cirque bien inquiétant, dans les mystères duquel les deux jeune héros feraient mieux de ne pas aller mettre le nez… Un roman archétypal de Halloween, et Bradbury au sommet de son art.
Dans le genre traditionnel, Sleepy Hollow de Washington Irving. Un grand classique américain beaucoup moins connu chez nous, si ce n’est à travers l’adaptation de Tim Burton. Le livre est moins “joli” et plus satirique que le film, et cette histoire de cavalier sans tête sur fond de magouilles dans un hameau de la Nouvelle Angleterre est vraiment à découvrir, si vous ne la connaissez pas.
The Turn of the Screw de Henry James. Une des meilleures histoires de fantômes que j’aie jamais lue. Une jeune gouvernante, engagée pour s’occuper des petits Miles et Flora dans une propriété campagnarde, est peu à peu obsédée par Miss Jessel, l’ancienne gouvernante, et le domestique Peter Quint, tous deux morts peu avant son arrivée. Ils auraient exercé une sinistre influence sur les deux enfants. Leurs fantômes continuent-ils ?
Toujours dans la veine fantastique pure, The Haunting of Hill House de Shirley Jackson. Dans le cadre d’une expérience, des personnes manifestant une certaine sensibilité médiumnique sont rassemblées dans une maison isolée, que l’on dit hantée. L’est-elle réellement ? Eleonore en tout cas semble nouer une “relation” toute particulière avec la demeure… Encore une fois, c’est un roman tout en atmosphère dont on ne peut pas vraiment résumer plus l’intrigue. En ce qui me concerne il m’a bouleversée par sa finesse, et j’ai beaucoup d’empathie pour le personnage d’Eleonore, une vieille fille tyrannisée par la famille de sa soeur avec laquelle elle vit, qui pour la première fois a l’impression d’avoir trouvé sa place quelque part, d’être désirée et nécessaire. Deux films ont été tirés de ce roman sous le titre The Haunting : celui de 1963 est une adaptation fidèle, qui rend bien l’essence du fantastique, mais celui de 1999 avec Catherine Zeta-Jones est une daube horrifique sans nom à éviter absolument. Toujours de Shirley Jackson, je conseille aussi We Have Always Lived in the Castle, un autre roman qui m’a beaucoup marquée, mais flirtant tout juste avec le fantastique.
Pour finir, je ne peux pas ne pas inclure au moins un roman jeunesse dans cette courte liste. Ce sera The Witches de Roald Dahl, l’un des livres à m’avoir le plus fait peur quand j’étais enfant (avec L’orphelinat des ombres de Moka). Vous connaissez sûrement cette histoire d’un petit garçon qui se retrouve par mégarde à assister en cachette à un congrès des sorcières. Elles cachent leur calvitie sous une perruque, leurs ongles griffus sous des gants, leurs pieds carrés sans orteils dans de jolis souliers pointus, et ont la salive bleu myrtille. Elles haïssent les enfants, qu’elles peuvent renifler à plusieurs mètres. Elles ont un plan pour les détruire. A lire et relire quel que soit votre âge…
Et bonne fête des morts !